Une décharge sauvage le 7 août 2019 près d'une route départementale à Sénas (Bouches-du-Rhône) ( AFP / GERARD JULIEN )
Trente mois de prison avec mandat de dépôt et une amende de 200.000 euros ont été requis, lundi à Marseille, contre un professionnel ayant illégalement exploité, en 2021 et 2022, deux décharges sauvages dont l’une située dans un espace naturel boisé protégé.
Observant "un déplacement de la délinquance vers les déchets", le procureur Michel Sastre a estimé que Mickael Mira, 36 ans, avait mis en place "un modèle d’exploitation délinquante" : "l’emprisonnement fait partie de son business plan car cela rapporte beaucoup, beaucoup d’argent".
Dans le secteur des déchets depuis 17 ans, M. Mira, dont le casier judiciaire comporte 14 condamnations, comparaissait détenu à la suite d’une peine d’un an de prison ferme prononcée en avril pour un incendie parti de sa décharge située sur la zone artisanale de Valdonne à Peypin (Bouches-du-Rhône).
Selon les autorités, il avait, sans aucune autorisation et sans respecter les règles en vigueur, stocké sur 1,75 hectare plus de 43.000 m3 de déchets provenant de chantiers collectés auprès d’opérateurs économiques importants et même institutionnels.
Dénonçant une "concurrence déloyale", le procureur a observé qu’il "peut être le moins cher sur le marché car, lui, le traitement, c’est zéro".
Pour stocker jusqu’à saturation et traiter des montagnes de déchets, il avait procédé, sans autorisation, à d’importants travaux d’exhaussement du sol jusqu’à dix mètres de hauteur et défriché une zone forestière.
"Si j’ai coupé dix arbres, c’est le bout du monde, je n’ai pas tout défriché", s’est-il défendu, contestant aussi l’évaluation "dans la démesure" du volume de déchets illégalement stockés.
Opposant des reconnaissances a minima sur les 17 infractions qui lui sont reprochées, il a dénoncé un "acharnement" : "Je ne suis pas un saint, mais pas non plus un criminel".
A Marseille, sa société Eco bennes, gérée par sa compagne en raison d’une interdiction de gérer le frappant, exploitait une seconde décharge illégale, au milieu d’une zone pavillonnaire.
L’avocate de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a rappelé que ce "bras armé de l’Etat, nettoyeur de l’environnement quand les privés sont défaillants", a déboursé près d’1,2 million d’euros pour traiter les 8.000 tonnes de déchets dont des matières dangereuses sorties de la décharge marseillaise.
"Sous les gravats, le sol est mort et il faudra des décennies pour que la forêt méditerranéenne reprenne un jour ses droits", a plaidé Me Romain Dinparast, avocat de la commune de Peypin, qui a réclamé près d’1,9 million d’euros de dommages et intérêts à affecter à la réparation de l’environnement.
Le jugement sera rendu le 1er décembre.

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